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Les fils de l'homme
(2006)
Il y a longtemps que je n'avais consacré du temps à ce blog, j'avoue...mais les journées ne font toujours que vingt-quatre heures, hélas. En ces temps de précipitations neigeuses peu propices à toute sortie, je me penche sur quelques billets restés à l'étape du brouillon et les finalise, afin de pouvoir vous les livrer, chers lecteurs.
Heureux ?
Non ?
Tant pis...
Le nom d'Alfonso Cuaron est associé, pour le grand public, à la saga Harry Potter, et plus précisément à son troisième épisode (sans doute le meilleur, à mon humble avis), « Le prisonnier d'Azkaban ». Moins nombreux sont les spectateurs ayant vu ses autre films, notamment « Les fils de l'homme », dont je vais vous entretenir aujourd'hui.
En l'an de grâce 2027, l'humanité approche de son extinction. En effet, hommes et femmes ne peuvent plus se reproduire. Alors que le dernier être humain ayant vu le jour décède, à l'âge de 18 ans, une jeune femme tombe enceinte, ce qui n'est plus arrivé depuis une vingtaine d'années. Celle-ci devient l'enjeu de toutes les luttes. C'est la raison pour laquelle Theo, ancien activiste politique, est engagé pour assurer sa sécurité. Dans un monde où tout espoir a disparu, Theo devra réapprendre à se battre, pour elle et l'espoir qu'elle porte...
Tiré du roman éponyme de P.D. James, « Les fils de l'homme » est un film d'anticipation extrêmement sombre, proche de grands classiques comme « Soleil Vert » ou « 1984 ». Doté d'un casting
en béton armé (tant au niveau des premiers rôles que des seconds), il a globalement été bien accueilli par la critique, mais ne rencontra pas le succès public escompté.
Si vous voulez mon avis (et si vous lisez ces lignes, c'est probablement le cas), « Les fils de l'homme » aurait mérité un véritable triomphe. Loin de n'être qu'un film d'anticipation, il s'agit là d'une véritable réflexion sur l'avenir de l'homme. Dans un décor où s'entremêlent terrorisme, religion, contestation et immigration, ce long métrage est de ceux qui donnent à réfléchir (une des caractéristiques des grands films d'anticipation, justement). Certes, il s'agit d'un film complexe, tant il sollicite la matière grise de ses spectateurs, au vu des thèmes abordés. Mais c'est une œuvre qui ne laisse pas indifférent et, surtout, reste longtemps présent à l'esprit, par les questions qu'il a soulevé.
D'un point de vue purement cinématographique, force est également d'avouer qu'il s'agit d'un grand film. Alfonso Cuaron, dont on avait déjà apprécié le talent narratif et technique dans « Le prisonnier d'Azkaban » (avec, notamment, la scène où ses héros remontent le temps), donne ici libre cours à sa virtuosité, à l'occasion de quelques plans-séquences de toute beauté. Navigant à son aise dans un monde essentiellement gris et sale, Cuaron rend son histoire crédible, mettant toute l'efficacité son talent au service de celle-ci. Nombre de festivals ne s'y sont pas trompé, le film ayant été maintes fois récompensé pour sa photographie, sa direction artistique ou son scénario...
Enfin, cerise sur le gâteau, le casting est à l'avenant. En tête d'affiche, quelques grandes stars (Clive Owen, Julianne Moore et Michael Caine), et d'autres acteurs moins connus donnent eux aussi toute la mesure de leur talent, au service du film.
Alors, pourquoi un tel flop, me direz-vous ?
On jettera la pierre, tout d'abord, au distributeur du film (UIP, pour le nommer), qui n'assura pas la
promotion des « Fils de l'homme » comme il l'aurait fallu.
Suite à une campagne marketing bâclée, le film n'eut pas, en son temps, une grosse couverture médiatique et peina à rencontrer son public à sa sortie. Pire encore, alors que bouche-à-oreille
aurait pu lui être favorable, voire salutaire, le distributeur choisit de le retirer des salles, à la faveur d'autres films sortis à la même époque.
La seconde pierre est à réserver au film lui même. Malgré ses indéniables qualités, énumérées plus haut, il faut bien reconnaître qu'il s'agit d'un film complexe et plutôt anxiogène. A n'en pas douter, ces caractéristiques ne jouent pas en la faveur de la rencontre entre un film et son public, ce dernier étant souvent plus difficile à entraîner dans les salles obscures quand le film demande quelque effort
Les années qui s'écoulent sont bénéfiques pour certains grands crus. Je pense qu'elles peuvent aussi l'être pour certains films, dont celui-ci fait partie. Il ne nous reste plus qu'à offrir aux « Fils de l'homme » une deuxième séance, en DVD par exemple.